dimanche, septembre 11, 2005

Xi'an - Urumqi - Kashgar - Yarkand

Salam Aleikum!

Depuis notre dernier poste, nous n'avons pas progresse d'un pouce en chinois, puisque nous voici en territoire ouighour, dont la langue est tres proche du turc. Ach! Imaginez nos visages deconfits face aux panneaux de signalisation, ou les noms de ville et de rue figurent exclusivement en ouighour et en chinois, deux des ecritures les plus lointaines de la notre.
Arrives a Urumqi, nous avons directement pris un bus pour parcourir les 1500 bornes restantes vers Kashgar, au Sud-Ouest du Xinjiang. De la, nous sommes rapidement partis pour une excursion dans le massif du Pamir, avant de revenir sur Kashgar, a la rencontre du peuple ouighour.

Karakul, un miroir pour les glaces eternelles du Pamir:
Pour se rendre au lac Karakul, il faut embarquer dans un bus a destination du Pakistan. Rempli de commercants pakistanais venus faire des affaires a Kashgar, le bus transporte aussi des caisses de marchandises en tous genres, arrimees sur le toit. Ainsi charge, il atteint des hauteurs perilleuses.
Au bout de quelques heures sur la route du Karakorum, nous entamons poussivement une longue ascension, au milieu de profondes gorges, dont les couleurs et les formes varient sans cesse. Une fois en altitude, d'imposants glaciers devalent les pentes de sommets escarpes, avant de laisser la place a des contreforts arides, hostiles, et parfois meme a de gigantesques dunes de sable, les pieds dans l'eau des lacs glaces.
L'un d'eux, le Karakul, est encadre par les monts Kongur (7719m) et Muztagh-Ata (7546m), deux geants qui s'y mirent inlassablement. Dans cette vallee a 3600m, pousse une herbe grasse ou serpentent de petits ruisseaux. Le lac est d'un vert turquoise d'une densite, d'une presence rare. Avec deux autres couples de randonneurs, nous logeons dans un village kirghize. Maisons de briques et de torchis aux toits plats, fraicheur de l'air, murets de cailloux, braiements des anes, nonchalance des chameaux, moutons a queues rondes et grasses, joues rouges des enfants, couleurs chatoyantes des vetements feminins. Ici, a deux pas de quatre frontieres strategiques (Tadjikistan, Afghanistan, Pakistan, Kirghistan), les bergers vivent au jour le jour, loin des soucis geopolitiques de ce monde. La piece dans laquelle nous mangeons et dormons est tres sombre, mais entierement tapissee de tissus et de patchworks multicolores: la caverne d'Ali Baba, dont nous revions, enfants. Nous partageons une soupe de nouilles, du pain. Le ciel est rempli d'une myriade d'etoiles. Nous avons rarement profite de la douce luminosite de la voie lactee comme ce soir. Dans la fraicheur de la nuit, nous nous endormons en rang d'oignons, serres les uns contre les autres sous d'epaisses couettes bariolees.
Le lendemain, nous partons pour une randonnee dans les montagnes environnantes. Apres une ascension dans un paysage de gorges desertiques, caillouteuses et sablonneuses, nous arrivons sur un plateau avec une vue presque a 360 degres sur un cirque de montagnes et de pics enneiges. Grandiose! Plus tard, nous voici les pieds dans l'herbe, assis non loin de yacks noirs se cherchant querelle. Le massif du Pamir nous observe de son oeil blanc.
Pour rentrer vers Kashgar, nous sommes pris en stop par un camion citerne qui descend dans la vallee a toute vitesse. Sensations garanties!

Au pays des Ouighours:
Depuis notre arrivee au Xinjiang, nous avons l'impression d'etre dans un autre pays, tant la culture ouighoure differe de celle des Hans (ethnie majoritaire en Chine), pour se rapprocher sensiblement des populations d'Asie centrale. Celles-ci sont d'ailleurs tres presentes dans cette region, dont la reputation de carrefour ethnique n'est plus a faire.
- Sous le charme de la vieille ville de Kashgar:
Nous prenons un plaisir tout particulier a nous perdre dans le dedale des ruelles de la vieille ville de Kashgar. A flanc de colline, les maisons semblent avoir pousse les unes sur les autres, dans une joyeuse anarchie. Au detour d'une ruelle etroite et poussiereuse, une porte entrouverte laisse apercevoir les colonnes en bois d'une cour interieure, finement ouvragees de motifs floraux. Nous sommes surpris par la legerete des arabesques des balcons en bois peint et ravis par la multitude de plantes qui y sejournent, tels figuiers, geraniums, vignes et fleurs de toutes sortes. Dans la fraicheur des passages couverts, se devoile un monde ou les sourires des femmes et des enfants illuminent les cours secretes. Les portes richement sculptees, avec leurs deux gros anneaux de fer, titillent notre curiosite. Quand ils nous apercoivent, les enfants cessent soudain de fouetter leurs toupies, pour nous pourchasser gaiement, nous prendre par les mains et se faire photographier. Nous ne sommes malheureusement pas des touristes dernier cri et ils sont souvent etonnes de ne pas trouver leur image au dos de l'appareil photo, deja habitues, par les rares touristes de passage, au miracle du digital.
La tranquillite de la vieille ville offre un havre de paix lorsque l'on vient des rues commercantes. Nous sommes loin du monde des hommes et de leurs apres negociations.
- Quel bazar!
Si vous descendez dans la rue un dimanche a Kashgar, vous serez litteralement emportes par le flot de quidams venus de toutes parts pour participer au grand marche hebdomadaire. Tous les moyens de transport sont bons: a pied, en carriole tiree par un ane, en cyclo-pousse, en tuk-tuk, camion, a moto, a velo, au choix. Le bazar deborde dans les rues avoisinantes. Une foule epaisse se presse autour de produits les plus heteroclytes, tels que legumes, viandes, soies, tapis, epices, fruits secs, chaussures, chapeaux, vetements, bestiaux, shampooings, pneus, televisions, clous,... Bref, chacun y trouve son bonheur, dans un brouhaha continu, entre les cris, les slogans, les discussions passionnees, les beuglements, les radios tonitruantes, les klaxons incessants, mais aussi les parfums des epices, les odeurs enivrantes, les effluves de viande... Etourdissant!
Si les produits ont change, les techniques de negociation restent ancestrales. C'est d'autant plus spectaculaire au marche aux bestiaux. Les betes sont inspectees sous toutes leurs coutures et, lorsqu'une affaire prend forme, une foule se rassemble autour des deux protagonistes, par passion et par interet, chacun prenant position, donnant son avis, cautionnant l'issue des negociations. Partout, les mains se serrent et s'agitent: Marche conclu!
Chacun repart ensuite avec ses nouvelles acquisitions, comme cet homme qui charge deux boeufs dans sa charrette... tiree par un chameau.
- Yarkand, ancienne oasis sur la route meridionale de la soie:
Au bout de quelques jours, nous quittons Kashgar, pour nous aventurer sur la route meridionale de la soie, au Sud du desert du Taklamakan. Plusieurs villes et bourgades jalonnent notre trajet, mais Yarkand est celle qui evoque le plus les temps anciens.
Lorsque nous nous y promenons en fin d'apres-midi, voici que par hasard, nous longeons une mosquee a l'heure de la priere (namas). Envoutes par la melopee de l'Imam, nous apercevons, au travers d'un mur ajoure, les corps prosternes face a La Mecque. Tout comme a Kashgar, la vieille ville est constellee de petites mosquees, qui font partie integrante du quotidien ouighour.
Plus tard, nous penetrons dans le quartier commercant. De part et d'autre des rues en terre, les echoppes se regroupent par metiers: les menuisiers faconnent berceaux, tables et pieds de chaises avec une dexterite fascinante; les ferrailleurs assemblent une quantite inouie de vieux bouts de fer, soigneusement classes par nature et par taille; des barbiers tapotent les joues de leurs clients, ou se penchent avec une attention accrue sur la gorge confiee. Ici, une tete de canard jonche le sol, la ce sont des tetes entieres de chevres, les yeux revulses, qui sont entassees en vue d'une future friture. Plus loin, dans une rue bondee, on cuisine en plein air et des tables entourees de bancs sont dressees sous des toiles colorees, qui forment une joyeuse galerie, ainsi qu'une efficace protection contre le soleil. Tous s'y asseyent, partagent tables et repas, en toute convivialite. Ce petit monde suspend pourtant son intense activite pour nous devisager, parfois bouche ouverte, d'un air incredule, ravi ou goguenard, mais rarement indifferent. Nous avons plus que jamais l'impression d'etre des etrangers, presque des extraterrestres. La sensation d'isolement est d'autant plus grande que nous n'avons rencontre aucun touriste dans la ville.

Quelques breves:
- Les enfants illegaux:
En Chine, avoir un deuxieme enfant est passible d'une amende de 5000 EUR. Ce qui ne semble pas preoccuper les Ouighours qui continuent a avoir des familles nombreuses.
- Le crachat chinois: une tradition vivace
Les Chinois semblent expectorer partout et en toutes circonstances: la rue, le restaurant, le bus... meme dans l'avion (dans le lunch box tout de meme). Qui dit mieux?
- Presence ou colonisation chinoise?
Toutes les villes du Xinjiang ou nous nous sommes rendus presentent deux visages: la vieille ville ouighour et la nouvelle, chinoise, qui surprend, avec ses immenses statues de Mao, ses larges boulevards, ses trottoirs paves, ses drapeaux chinois, ses batiments ultra modernes et ses HLMs. Les deux mondes semblent impermeables mais il est permis de se demander quel sera l'impact de l'un sur l'autre.
- Ali ou le business incarne:
Nous nous lions d'amitie avec Ali dans le bus vers Kashgar. Pakistanais aux sourcis bondissants, Ali fait des affaires en tous genres entre Shanghai et Islamabad (electronique, vetements etc.). A 25 ans, il a deja largement roule sa bosse et semble tres tente de faire du business de machines a laver avec Chris, qui doit deployer des tresors de diplomatie pour couper court a ses avances.
- Un the a Kashgar:
Un midi, nous profitons de l'ombre d'une ruelle, assis sur des sacs de mais, pour deguster un nan encore chaud. C'est alors qu'un habitant de la rue nous apporte gentillement un bol et une theiere, avant de nous inviter chez lui pour deguster une tranche de melon ou de pasteque en compagnie de sa femme et de son fils, Abdulsalam, qui parle anglais. Ce dernier nous explique fierement que son pere est marchand de foulards, qu'il est un fervent pratiquant de l'Islam et qu'il a fait le voyage jusqu'a La Mecque.
- Un an de mariage deja! Mais ou est passe tout ce temps!!!
- Curiosite tres saine:
Dans le bus vers Yarkand, nous sommes assis derriere un vieillard edente, a la barbichette blanche, qui se retourne sans cesse pour nous observer minutieusement: il essaie nos lunettes, admire la barbe de Chris, compare ses poils de bras aux siens (mais il n'y a aucune comparaison...), fixe nos montres longuement, etudie nos bottines et tate le tissu du pantalon de Chris d'un air appreciateur. Droles de creatures, n'est-ce-pas...

Sur ce, nous vous laissons pour poursuivre notre recherche des cites enfouies sous le sable de l'ancienne route de la soie. Portez-vous bien et bonne rentree!

Salukes,

Marianne et Chris

1 Comments:

At 20 septembre, 2005 10:48, Anonymous Anonyme said...

de retour de notre voyage de noces sur l'île de bornéo, côté Malaisie, vos aventures nous font rêver, et nous aident à supporter le dur retour à la réalité...

Mais je puis t'assurer que le crachat n'est pas qu'un sport chinois... sauf qu'en Malaisie, il y avait des panneaux dans les bateaux "merci de ne pas cracher"...
gros kiss

Edwige et Régis

 

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