vendredi, août 12, 2005

Ulaan Baatar - Beijing

Nihao a tutti!

Apres plus d'un mois de peregrinations, nous sentons notre voyage s'inscrire dans la duree et nous avons trouve notre rythme. C'est d'autant plus vrai que nous sommes arrives en Chine, notre destination principale, puisque nous projetons d'y rester 4 mois. Durant les dix premiers jours, nous avons vecu un passage de frontiere surreel, sillonne la ville de Beijing en tous sens et randonne durant deux jours inoubliables sur la Grande Muraille. Vous voulez en savoir plus?

B(o)ogie woogie a la frontiere sino-mongole:
Dans le train pour Beijing, suite a des formalites douanieres kafkaiennes, s'opere le changement des bogies. En effet, l'ancienne Union Sovietique (et la Mongolie avec elle) a opte pour un ecartement de voies plus large que celui de ses voisins. Le train s'ebranle donc dans la nuit pour rentrer peu a peu dans un long hangar. L'atmosphere est electrique, des eclairs illuminent de temps a autre le train qui progresse lentement, presque a tatons, dans l'obscurite. Tel un enorme cetace de verre et d'acier, cette puissante mecanique pousse des cris lancinants, d'une surprenante melancolie. Une fois en place, pris en tenaille par d'enormes monte-charge, chaque wagon est souleve avec tous ses passagers, incredules.

Beijing aux treize millions de visages:
- Vive la clim'?:
Des la descente du train, nous sommes enveloppes de smog, assaillis par la chaleur et par l'humidite ambiantes. Rapidement, nous comprenons que le defi sera de boire plus vite que nous ne transpirons. Moites a souhait, nous penetrons alors dans notre auberge de jeunesse, ou nous sommes victimes d'un changement climatique violent. Enrhumes jusqu'a l'os, nous nous moucherons de concert pendant plusieurs jours, dans une ville ou il fait pres de 40 degres. Un comble!
- Au coeur des hutongs:
Notre auberge est situee dans un vieux quartier populaire, qui s'avere un reel dedale de ruelles etroites (hutongs), ou de mysterieuses portes encadrees de lions de pierre s'ouvrent sur d'autres impasses et d'autres cours carrees, bordees de plantes grimpantes et de fleurs en pot. Ici, on vit dans la rue, en bon voisinage, penches sur un jeu de cartes ou de dames locales, mangeant une brochette ou des boulettes a la vapeur. Deux cyclo-pousses s'y croisent non sans peine, dans une ambiance rythmee par les crachats et les interjections des uns et des autres. Nous nous y retrouvons regulierement a la recherche d'un petit resto en fin de journee, peut-etre dans une arriere-cour eclairee de lampions, pour deguster un bol de nouilles, un plat d'aubergines au piment, des dumplings, du concombre au vinaigre ou un canard laque bien d'ici.
Pourtant, le long des grandes avenues, de hauts panneaux publicitaires masquent progressivement les hutongs. On ne les voit plus, ils seront probablement oublies, avant de disparaitre, rases, sacrifies a l'autel de la modernisation galopante de Beijing et des jeux olympiques de 2008.
- Une civilisation a decouvrir:
Au fil de nos visites des divers sites culturels et historiques de Beijing, nous avons commence - mais commence seulement - a nous familiariser avec une civilisation complexe et passionnante. Nous nous rejouissons de rester 4 mois en Chine.
- Feerie sur Tian'anmen:
Un soir, nos pas nous menent jusqu'a la place Tian'anmen qui, doucement illuminee, se pare d'ume myriade de petits cerfs-volant flottant les uns derriere les autres, comme autant de longs filaments de meduse. Feerique, romantique... Des enfants courent a perdre haleine pour faire decoler les leurs, pendant que des familles nous demandent d'etre prises en photos avec nous... C'est le monde a l'envers!
- Dans la serie "le saviez-vous?":
Le seul chien que l'on rencontre a Pekin est le ... Pekinois. Cette edifiante decouverte fait le bonheur de Marianne, qui peut enfin deposer les cailloux qu'elle trimballe dans ses poches depuis Moscou: un grognement de Chris suffit et le chien s'enfuit sans demander son reste (il faut admettre que Chris commence a ressembler a un barbare avec sa barbe).
- A la rencontre des Chinois:
En realite, a Beijing, c'est le Chinois qui vient a notre rencontre et il a presque toujours quelque chose a nous vendre, de la pasteque au cerf-volant, en passant par l'oeuvre d'art, le cirage (nous avons rencontre un backpacker ulcere parce que, depuis deux mois, on lui propose sans cesse de lui cirer les pompes, alors qu'il porte des baskets!), le faux jade, les T-shirts, le cake aux fruits secs, les cartes postales, les DVD copies, et autres breloques. Les techniques varient, mais se rejoignent dans l'acharnement a l'oeuvre. Certains nous agrippent le bras dans la rue, supplient, repetent dix fois la meme litanie, reviennent sans cesse a la charge, bref, c'est la guerre d'usure (d'autant plus qu'ils se relaient generalement les uns les autres). Nous perfectionnons donc notre vocabulaire chinois, en insistant sur la rubrique "Comment dire non". D'autres se la jouent plus subtile, mais non moins efficace. Ils nous abordent d'un "Hello!" sympathique, nous demandent d'ou nous venons, si nous sommes etudiants, si il ne fait pas trop chaud a Beijing, puis, au bout d'une demie-heure de conversation anodine, ils nous invitent a les suivre dans leur galerie d'art ou d'antiquite. C'est la technique dite " des faux amis". Nous apprenons peu a peu a les reconnaitre et a rapidement calmer leurs perspectives de vente. Dans les deux cas, l'arme secrete consiste en un grand sourire beat, limite bienheureux. Desarmant!
Treve de plaisanteries: a plusieurs reprises, nous avons rencontre de veritables perles. Une fin d'apres-midi, apres avoir marche a travers toute la ville pour denicher un resto renseigne par le Lonely, voila que, arrives sur place, on nous annonce que le lieu de nos esperances gastronomiques a fait faillite. Alors meme que nous recuperons de notre Longue Marche a nous, l'estomac dans les talons, un aimable Chinois surgit de nulle part pour nous prendre sous son aile et nous conduire dans un petit resto pas cher et savoureux. Notre ange-gardien nous aide meme a remplir la commande en chinois, il nous sourit, assure que tout le plaisir est pour lui, refuse une biere et disparait aussi vite qu'il n'etait apparu.
Autre exemple, parmi tant d'autres: le jour ou nous decidons de profiter de l'excellent reseau de bus publics, un peu paumes quand meme, nous rencontrons un etudiant en art qui, non seulement prend le meme bus que nous, par un hasard beni, mais, en plus, decide d'aller plus loin que son arret et de nous accompagner jusqu'a destination. Song Bin nous guide alors avec une gentillesse confondante. Il nous faut insister a plusieurs reprises pour qu'il accepte de partager un bol de nouilles avec nous et de faire plus ample connaissance.

La Grande Muraille, ou de l'inefficacite des superlatifs:
A la fin de notre sejour a Pekin, nous nous embarquons dans une randonnee de deux jours sur la Grande Muraille. On a beau en avoir entendu parler, vu des photos, lu des reportages, la realite depasse de loin tout ce que l'on peut imaginer. Le site est epoustouflant et les superlatifs inefficaces.
Apres une journee de marche de tour de guet en tour de guet, a serpenter sur les cretes des montagnes, voila qu'il est temps de trouver la tour propice pour abriter notre sommeil, d'autant plus que de fortes pluies s'annoncent pour la nuit. Il n'y a maintenant plus un seul touriste et nous voici en tete-a-tete avec la Muraille. Nous rencontrons neanmoins une autochtone, qui nous conseille une tour en particulier, a force de gesticulations. Elle nous met aussi en garde contre les serpents et son geste est si eloquent (deux crochets violemment plantes dans l'avant-bras) que les cheveux de Marianne se dressent sur sa tete. Bigre, voila l'occasion de montrer a Chris qu'elle n'est pas une chochotte! GASP...
Nous pique-niquons assis sur des marches, face a ce paysage mysterieux ou la Grande Muraille, tel un dragon, s'enfonce dans les brumes vesperales. L'instant est plus que precieux. Il prend une intensite toute particuliere, due, peut-etre, a l'effort fourni pour en arriver la, a la folie d'une telle construction, a la beaute du site et au sentiment d'exception que nous procure l'idee de passer une nuit sur la Grande Muraille de Chine.
Avant d'aller dormir, entre chien et loup, alors que nous n'avons plus vu personne depuis quelques heures, un Chinois croise notre tour de guet. Nous sympathisons et partageons les dernieres lueurs du jour. Son nom signifie "Safe Hero", ce qui nous rassure quelque peu sur son sort, lorsqu'il repart dans la nuit, arme de sa seule lampe de poche faiblissante.

Clins d'oeil a quelques backpackers:
- Bertrand et Laure: Merci pour cette belle journee de promenade au Palais d'ete.
- Chloe: Mille mercis pour les pellicules rapatriees en Belgique!

A tous nos lecteurs:
Nous n'avons pas acces au site web de notre blog et donc ne pouvons ni lire vos commentaires ni y reagir (frustrant!). En effet, pas mal de sites sont censures en Chine. Aurait-on raconte trop de betises? N'arretez pas pour autant d'ecrire, car nous les lirons plus tard.

Nous avons quitte Beijing et sommes en route vers Xi'an via Datong et Pingyao. Bon mois d'aout a toutes et a tous!

Zaijian!

Marianne et Chris